Depuis le 22 août 2026, un nouvel arrêté ministériel a fixé pour la période 2026-2029 la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) et les conditions dans lesquelles elles peuvent être « détruites ».
Cette nouvelle liste concerne notamment, le renard roux, la fouine, la belette, la martre, la corneille noire, le corbeau freux, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet. Ce classement varie selon les départements et parfois selon certaines communes.
Une question cependant mérite d’être posée : le fait qu’une espèce puisse occasionner des dégâts signifie-t-il que ces dégâts sont suffisamment importants pour justifier sa « destruction » (le mot utilisé est symboliquement désinvesti de la notion de vivant) ? Et surtout, la « destruction » des animaux permet-elle réellement de réduire ces dégâts ?
Une réalité très locale
Il serait faux d’affirmer que les ESOD ne causent jamais de dommages (dégâts agricoles ou auprès des élevages), mais la question des dégâts est avant tout territoriale selon la dernière étude scientifique française en date publiée dans la revue Biological Conservation en 2026*. Il existe bien des situations dans lesquelles une intervention ciblée pourrait avoir une justification : protéger un élevage particulièrement exposé ou empêcher des dégâts répétés dans une exploitation. Mais cela ne signifie pas que tous les individus d’une espèce causent des dégâts similaires, ni que leur « destruction » soit efficace.
Tuer davantage d’animaux réduit-il vraiment les dégâts ?
C’est probablement la question la plus importante.L’argument paraît intuitif : s’il y a moins de renards, de corneilles ou de pies, il devrait y avoir moins de dégâts. Pourtant, en pratique, cela est beaucoup plus complexe. L’étude de 2026* remet en question l’efficacité globale du dispositif. Les chercheurs ont analysé sept années de données françaises concernant les dégâts déclarés et les prélèvements de renards, mustélidés (fouine, martre, belette) et corvidés (corneille noire, geai des chênes, pie bavarde, corbeau freux).
Les résultats montrent qu’augmenter les prélèvements ne s’accompagne pas d’une diminution mesurable des dégâts. Inversement, réduire ou interrompre les prélèvements ne semble pas entraîner d’augmentation des dégâts. Les auteurs estiment par ailleurs que les coûts du contrôle létal sont très supérieurs au montant des dommages déclarés. Ils évaluent le coût annuel du contrôle (estimation) à environ 103 à 123 millions d’euros, contre 8 à 23 millions d’euros de dommages officiellement déclarés.
Des animaux « nuisibles » qui rendent aussi des services à l’écosystème
La question est encore plus complexe parce que les ESOD ne sont pas uniquement des animaux susceptibles de provoquer des dégâts.
Le renard est un prédateur naturel pour de nombreux petits mammifères, notamment les campagnols. Or les campagnols peuvent eux-mêmes provoquer des dégâts agricoles considérables. L’INRAE** rappelle que, dans certaines régions, les populations de campagnols terrestres peuvent atteindre des densités très élevées et entraîner des pertes importantes pour les agriculteurs.
Pour y faire face, l’INRAE recommande d’ailleurs de favoriser les prédateurs naturels — parmi lesquels le renard, la fouine, l’hermine ou le blaireau — dans le cadre de stratégies de lutte biologique contre les campagnols.
De la même manière, les corvidés ont des fonctions écologiques, notamment dans la dispersion des graines. L’étude du Biological Conservation souligne aussi que la destruction des corvidés peut potentiellement réduire certains services écosystémiques (renouvellement de la végétation, régulation des rongeurs).
Il faut donc se méfier d’une vision trop simpliste dans laquelle un animal serait soit «utile», soit «nuisible». Une même espèce peut provoquer un dommage dans un contexte donné et rendre un service écologique dans un autre.
Alors, y a-t-il une véritable raison de les chasser ?
Lorsqu’un élevage subit des attaques répétées et que la responsabilité d’une espèce est établie, une intervention ciblée peut être défendable. De même, lorsqu’une culture est réellement menacée par des corvidés ou des étourneaux, des mesures de protection peuvent être nécessaires.
Mais il faut distinguer la nécessité de protéger une activité d’une politique générale de destruction d’une espèce.
La « destruction » ne devrait pas être considérée comme la première et unique réponse aux dégâts.
Ainsi, plutôt que de demander : « Combien d’animaux faut-il tuer pour faire disparaître le problème ? », il serait plus pertinent de se poser cette question : « Pourquoi ces animaux provoquent-ils des dégâts ici, et comment peut-on empêcher ces dégâts ? »
Selon les espèces et les situations, différents moyens peuvent être envisagés : protection des élevages, sécurisation des bâtiments, effarouchement, protection des cultures, adaptation de certaines pratiques agricoles ou recours aux mécanismes naturels de régulation.
Mieux comprendre permet de saisir l’importance de telle décision administrative et d’apprendre à ne pas agir avant de connaître.
L’étude porte sur les 10 espèces indigènes classées en catégorie 2 des ESOD : renard, fouine, martre, putois, belette, corneille noire, corbeau freux, pie bavarde, geai des chênes et étourneau sansonnet. Elle ne traite pas du sanglier, du lapin de garenne ou du pigeon ramier, qui relèvent d’un autre régime.
** Source : https://ephytia.inrae.fr/fr/C/26793/Kiwi-Campagnols

