La forêt brûle. Cherchez donc un coupable maintenant !

La forêt brule et c'est les écolos les coupables - crédit Adam Wilson

Des espaces partis en fumée, des animaux pris au piège, des paysages défigurés, des habitants évacués… Nous avons fait face cet été à la chaleur, la sécheresse, à l’impuissance et à la sensation que quelque chose était sur le point de basculer. 76.300 hectares de forêts ont brûlé cet été, selon un bilan communiqué au 15 septembre 2026 par la Banque des Territoires*, soit 4 fois la surface de la ville de Marseille.
Face à cette catastrophe écologique, alors que nous étions pris de sidération, nous avons été confrontés en même temps à une véritable chasse aux sorcières. Avec un seul discours : si les incendies sont plus nombreux et plus violents, ce serait parce que la nature serait « abandonnée à elle-même » et qu’il faudrait débroussailler partout.

Mais sur quoi repose cette affirmation ?
Il est en effet plus confortable, face à un désastre, de désigner un responsable que de regarder ses propres choix et actions. Alors, entre deux canadairs et des milliers de soldats du feu affairés, certains ont trouvé des coupables tout désignés : les personnes, regroupements et associations qui tentent de protéger la nature d’une manière ou d’une autre. Autrement dit : tous ceux qui prônent une nature moins exploitée et des pratiques plus respectueuses.

Ce discours « de la faute à qui », simpliste et trompeur, a un intérêt pour les personnes qui l’évoquent : garder bonne conscience et éviter de remettre en question leur manière de penser la forêt.
Trouver un coupable empêche ainsi de parler du manque de moyen des pompiers, des monocultures pauvres en biodiversité, des sols dévastés et lessivés par l’exploitation intensive des forêts et des milieux agricoles, de l’artificialisation et de la fragmentation des territoires, des choix sylvicoles passés et présents, des coupes rases, de l’urbanisation galopante et non réfléchie à proximité, voire au cœur des massifs.

Car, même si certains disent le contraire : la libre évolution des espaces naturels n’est pas la cause directe des incendies.
En effet, selon le ministère de la Transition écologique, 9 départs de feux sur 10 sont d’origine humaine accidentelles ou intentionnelles. La foudre étant en cause pour les 10 % restants.

Dans les territoires soumis aux obligations légales de débroussaillement (OLD), ce sont les propriétaires des constructions concernées qui doivent réaliser et maintenir le débroussaillement prévu par la réglementation (50m autour des habitations et jusqu’à 100m selon les dispositions locales). C’est une mesure pour protéger les habitations et faciliter l’intervention des secours.
Mais débroussailler ne veut pas dire tout couper et surtout, cela ne doit pas être systématique.
Cela consiste à retirer certaines broussailles, à élaguer certaines branches basses, tout en maintenant les arbres sains et en évitant de terrasser les sols.
Et ce n’est pas pour rien que cela est conscrit. La végétation spontanée abrite des insectes, des oiseaux, des animaux et de nombreux autres organismes. Elle protège les sols, limite leur dessèchement, participe au fonctionnement des écosystèmes et des services écosystémiques (purification de l’eau, de l’air, stockage carbone, bonne santé des sols pour une alimentation durable…).

Laisser certains espaces évoluer naturellement n’est donc pas de la négligence. Cela fait partie d’une politique de biodiversité.
La bonne approche consiste alors à distinguer les situations :

  • protéger les habitations là où le risque incendie le justifie ;
  • éviter les coupes et débroussaillements inutiles ailleurs ;
  • préserver les continuités écologiques et les espaces en libre évolution ;
  • agir sur les véritables facteurs de risque : activités humaines, aménagement du territoire et aggravation des conditions climatiques, qui rappelons-le encore une fois est de notre fait.

Quant au bois mort dans nos forêts, lui aussi incriminés, celui-ci s’avère indispensable car il nourrit et protège les sols, participe au cycle de l’eau et du carbone et sert de refuge au vivant.

Une forêt vivante et résiliente n’est pas une forêt où tout est propre et rangé. C’est une forêt où les arbres naissent, grandissent, vieillissent, meurent…en maintenant la santé des écosystèmes.

Et pendant que nous luttons pour savoir qui est responsable, le climat, lui, ne négocie avec personne. Ne serait-il pas temps de remettre en question avec humilité notre modèle productiviste de la forêt, notre exploitation de la nature, notre inconscience face à nos besoins consuméristes toujours plus nombreux, notre toute puissance et de se mettre véritablement au travail tous ensemble pour faire en sorte que notre environnement (dont nous faisons partie) demeure vivable pour nos enfants et nous-mêmes.