Les populations d’oiseaux des milieux agricoles en France ont chuté en moyenne de 32,5 % depuis 2001, alerte la LPO. Et pour certaines espèces, notamment celles qui nichent au sol, le déclin est majeur. Ainsi, le nombre de mâles chanteurs d’outarde canepetière, qui affectionnent les zones cultivées, s’est effondré de 95 % entre 1980 et 2024. Même sentence pour le pipit farlouse, typique des milieux prairiaux, dont les effectifs ont chuté de 79,6 % entre 2011 et 2023 et pour l’alouette des champs qui a perdu 26,5 % de sa population en un quart de siècle. Même les oiseaux les plus familiers de nos campagnes comme la tourterelle des bois, qui nichent dans les haies, présente un bilan désastreux : 57 % d’oiseaux en moins en 25 ans. Le Bruant ortolan a, quant à lui, disparu de la plupart des campagnes alors qu’il y était présent un peu partout autrefois.
Même les espèces les plus communes, rouges-gorges, pinsons, mésanges, moineaux, qui vivent aussi dans nos jardins tendent à diminuer (-18,2 % sur l’ensemble du territoire métropolitain depuis 2001).
Les pesticides et insecticides mis en cause
Au premier rang des causes principales, on retrouve les pratiques d’agriculture conventionnelle avec l’utilisation massive de pesticides et d’insecticides. Les chiffres encore ici sont éloquents : + 7 % entre 2009 et 2023 selon le Nodu, l’indicateur du plan Ecophyto*, alors que, selon ce même plan lancé après le grenelle de l’environnement en 2008, l’objectif était initialement de réduire de 50 % l’usage des produits phytopharmaceutiques en France entre 2009 et 2018.
Des résultats qui ne sont pas sans conséquence car ces produits peuvent affecter les oiseaux de plusieurs manières. Certains certes ont une toxicité directe, mais l’impact le plus répandu est souvent indirect : en éliminant les insectes ou les plantes sauvages, ils privent les oiseaux de nourriture, en particulier pendant la période de reproduction. Rien que les insectes volants ont disparu de 70 à 80 %** de nos campagnes.
** https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5646769/?utm
La destruction des haies et la perte des habitats
De la même manière, l’intensification de l’agriculture se traduit par une transformation radicale des paysages agricoles. Les espèces qui nichent dans les haies en bordure de parcelles perdent leur habitat à une vitesse impressionnante : 70 % des haies des bocages français ont disparu depuis 1945, soit 1,4 millions de kilomètres d’espace en moins pour la nidification et l’alimentation des oiseaux. Le mouvement s’est même accéléré ces dernières années alors qu’il existe un « Plan haies » porté par l’État censé protéger, restaurer et développer les haies en France*. « La perte annuelle moyenne de 10 400 km/an entre 2006 et 2014 est passée à 23 571 km/an entre 2017 à 2021, malgré une politique de plantation d’environ 3 000 km/an », précise le rapport d’avril 2023 du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER)**. D’autres chiffres parlent aussi d’eux-mêmes avec une perte de 50 % des zones humides entre 1960 et 1990 et 19 % des prairies permanentes depuis les années 1980.
Sans oublier que l’augmentation des températures dues au changement climatique entraîne des moissons plus précoces, entraînant des destructions de nids pour les oiseaux nichant au sol.
* https://agriculture.gouv.fr/infographie-pacte-en-faveur-de-la-haie?
Un drame silencieux qui parle aussi de nous
Parce qu’ils occupent le sommet de nombreuses chaînes alimentaires, les oiseaux sont considérés comme de précieux indicateurs de la santé des écosystèmes. Leur déclin signale un déséquilibre profond des milieux naturels. « Ils réagissent rapidement aux changements de leur environnement, nous alertant sur les déséquilibres écologiques avant que ceux-ci ne deviennent critiques pour nous. », rappelle la LPO. En effet, la baisse des populations d’oiseaux peut signaler des problèmes sous-jacents, de pollution par exemple.
Cela évoque le canari, particulièrement sensible à son environnement, que l’on emmenait autrefois dans les mines de charbon. Et pour cause : il s’agissait d’un détecteur vivant, capable de signaler la présence de gaz toxiques avant qu’il ne soit trop tard.
Au coeur du problème : les politiques agricoles
Les politiques agricoles des dernières décennies sont au cœur du problème. Le contexte des régressions réglementaires que nous traversons aujourd’hui (révision du plan Ecophyto, simplification de la politique agricole commune, loi Duplomb…) favorise le modèle agricole intensif, qui risque d’aggraver la situation des espèces en déclin, et par ricochet impacter notre santé.
Et pourtant les solutions existent, puisqu’il est possible pour les agriculteurs de s’engager dans certains dispositifs d’aides comme les MAEC (mesures agro-environnementale et climatiques) dans lesquels ils doivent suivre un cahier des charges favorable à l’environnement, en contrepartie d’une rémunération.
Il est temps de prendre soin de nos territoires. Car seul un changement de nos modèles agricoles et alimentaires aidera les populations d’oiseaux à retrouver le chemin de nos campagnes.
Le saviez-vous : quand les pesticides se vendent, les oiseaux disparaissent
Une nouvelle étude menée par des scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle, du CNRS et de la Sorbonne et publiée en janvier 2026* établit un lien clair entre la quantité des pesticides vendus et l’abondance des oiseaux dans les zones agricoles françaises.
C’est en croisant deux bases de données nationales, l’une sur les ventes de produits phytosanitaires (242 substances actives), l’autre sur le suivi des oiseaux communs, que les chercheurs ont analysé la situation de 64 espèces d’oiseaux fréquentant les milieux agricoles. Résultat : pour 84,4 % des espèces étudiées, le nombre d’oiseaux diminue là où les ventes de pesticides sont les plus élevées. Autrement dit, plus il y a d’achats de pesticides dans une zone, plus les populations d’oiseaux disparaissent dans cette même zone.
En pratique : Que pouvez-vous faire chez vous pour aider les oiseaux ?
Dès la montée des températures, les oiseaux de nos jardins viennent chercher fraîcheur et eau. Si certains gestes peuvent les aider, d’autres sont à éviter.
Pensez à :
– ne plus utiliser de produit (herbicides, insecticides) pour votre jardin. Les oiseaux ont besoin, pour s’installer, de la présence de nourriture.
– installer des points d’eau. Oui, mais pas n’importe comment ! Une eau laissée en plein soleil, dans un contenant en métal, plastique sombre ou en verre, peut atteindre des températures de plus de 50°C. L’eau n’est alors plus buvable pour les oiseaux et peut entraîner des brûlures sur le bec et les pattes. Placez plutôt un point d’eau peu profond de 3 à 4cm comme une soucoupe dans laquelle vous ajouterez des pierres plates. Disposez-le dans un endroit frais et à l’ombre à l’abri des prédateurs. Changez l’eau et nettoyez les contenants régulièrement au savon de Marseille ou au vinaigre blanc pour éviter la prolifération des maladies.
– conserver des zones « sauvages » dans votre jardin. Oubliez la tonte à ras de votre pelouse, qui a un impact sur la survie des insectes, source de nourriture pour les oiseaux, et laissez au contraire des endroits sans intervention.
– ne pas tailler vos haies. Leur taille est à éviter de mi-mars jusqu’à fin août, période de reproduction et de nidification des oiseaux.
– évitez de les nourrir. Si vous pouvez les nourrir en périodes de grands froids jusqu’à mi-mars avec des mélanges de graines adaptées, les oiseaux ne doivent pas être nourris l’été. A cette période, ils sont insectivores : ils doivent chasser et nourrir leurs petits avec des insectes.