Compensation écologique : une fausse bonne idée

compensation environnementale déséquilibrée

La notion de compensation écologique a été introduite dans les politiques environnementales comme une réponse à l’impact des projets humains sur les milieux naturels. Ainsi, lorsqu’une forêt, une zone humide, une prairie ou un espace naturel est détruit, on promet de « réparer » cette perte en créant ou en restaurant un milieu équivalent ailleurs. Cette approche donne l’impression de pouvoir corriger un dommage environnemental par des actions compensatoires.

Cependant, dans les faits, la compensation écologique ne remplace jamais réellement ce qui est perdu, ni sur le plan de la biodiversité, ni sur le plan des services dits « écosystémiques » comme la purification de l’air et de l’eau, la régulation des crues et des inondations, la participation des milieux aux cycles de la pluie, le stockage de carbone ou encore la fourniture d’habitats pour les espèces.

La séquence ERC : un principe juridique reconnu, mais qui ne suffit pas

En France, comme dans l’Union Européenne, l’impact sur la biodiversité doit être géré selon ce qu’on appelle la séquence ERC : E pour Éviter, R pour Réduire et C pour Compenser les pertes qui ne peuvent être évitées ou réduites.
Cette séquence « Éviter, Réduire, Compenser » est inscrite dans la réglementation française depuis la loi Biodiversité de 2016. Elle vise à minimiser les atteintes à la biodiversité et à assurer une absence de perte nette de biodiversité lorsque cela est possible. La compensation n’est alors envisagée qu’en dernier recours.

compensation environnementale erreur
Tout va bien, c’est compensé !

La compensation ne restaure pas un écosystème détruit

Planter des arbres, recréer une haie ou restaurer une zone humide ne remplace pas les fonctions biologiques et les interactions complexes d’un milieu ancien. Une forêt ancienne, par exemple, offre des strates de végétation, une complexité du sol, des réseaux trophiques et des services écosystémiques qui ne peuvent pas être recréés rapidement ou artificiellement. Il faut des dizaines, voire des centaines ou des milliers d’années pour y parvenir et le coût environnemental est alors énorme en cas de destruction. Cela rend illusoire l’idée de « remettre la nature comme avant » simplement par compensation, même si la restauration d’un milieu peut aider au retour de la biodiversité. Un milieu naturel n’est pas un bien remplaçable à l’identique par une autre surface équivalente.

Un risque de dérive

Le système de compensation peut engendrer un effet pervers : il devient socialement et juridiquement acceptable de dégrader des milieux naturels sous prétexte d’une compensation future. Pourtant, ces compensations ne garantissent pas la reproduction des fonctions écologiques perdues, ni la biodiversité initiale.
En pratique, la compensation est souvent présentée à tort comme une solution suffisante, alors que les impacts et les dégâts sont irrémédiables ou très longs à réparer, à la vue de la complexité des échanges que l’on retrouve dans les écosystèmes. Il est donc préférable de préserver les milieux intacts et de renforcer les réglementations qui évitent les atteintes. La restauration écologique ne devrait servir qu’aux milieux déjà dégradés ou exploités par l’homme.
En effet, les audits et études scientifiques (Compensating for lost nature values through biodiversity offsetting – Where is the evidence? – Science Direct) montrent que la majorité des sites restaurés ne retrouvent pas la complexité ni les services écosystémiques des milieux originaux.

La vision des Semeurs de Forêts

Chez les Semeurs de Forêts, nous sanctuarisons les espaces que nous achetons sur le long terme, permettant aux dynamiques naturelles de retrouver progressivement leur équilibre. Les plantations sur des terres en déprise agricole ont avant tout un but pédagogique pour sensibiliser, mais aussi pour relancer un élan pour la nature et l’espace. Elles ne sont cependant jamais considérées comme un substitut complet aux écosystèmes originaux.